
arriyada: Dans un climat de haute tension politique, le président de l’Assemblée nationale sénégalaise et ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, a été réélu samedi 6 juin à l’unanimité à la tête de son parti, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Ce plébiscite intervient au cœur d’un bras de fer inédit qui l’oppose désormais au chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.
Un plébiscite à l’unanimité
Réunis en congrès à Diamniadio, près de Dakar – le premier depuis la fondation de la formation politique en 2014 –, les 583 délégués des sections nationales et de la diaspora ont reconduit le leader souverainiste sans surprise.
« Ousmane Sonko a été réélu à l’unanimité », a solennellement proclamé Ngouda Mboup, superviseur du scrutin.
Cette démonstration de force réaffirme l’ancrage indéboulonnable de M. Sonko sur son appareil partisan, quelques semaines seulement après sa rupture consommée avec le pouvoir exécutif. Limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai dernier par le président Faye – son ancien compagnon de route –, Ousmane Sonko a été remplacé par le banquier Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Ce dernier a formé le 2 juin un gouvernement boycotté par le Pastef, bien que composé de certains alliés et de dissidents du parti.
L’Assemblée nationale comme arme de dissuasion
Malgré son éviction du gouvernement, Ousmane Sonko conserve un levier institutionnel majeur : la présidence de l’Assemblée nationale, où le Pastef détient une majorité écrasante de 130 sièges sur 165. Une puissance de feu parlementaire qui fait peser une menace constante sur le nouvel exécutif.
Le 2 juin dernier, le leader du Pastef esquissait déjà sa stratégie :
« Si le Pastef le veut, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas. Nous allons les accompagner. »
Pourtant, le risque d’un blocage institutionnel reste entier. Le Pastef dispose de la latitude nécessaire pour déposer une motion de censure à tout moment, ou rejeter le programme de politique générale du gouvernement lors de sa présentation future devant l’hémicycle.
Vers une impasse constitutionnelle et économique ?
Face à cette fronde parlementaire, le président Bassirou Diomaye Faye dispose de cartes constitutionnelles limitées à court terme. La Constitution lui interdit de dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après sa mise en place.
Toutefois, en cas de censure ou d’impasse majeure, le chef de l’État pourrait activer l’article 52 de la Loi fondamentale. Cette disposition lui octroie des pouvoirs exceptionnels, lui permettant de gouverner par ordonnances pendant une période de trois mois, contournant ainsi le pouvoir législatif.
Cette crise politique ouverte au sommet de l’État suscite de vives inquiétudes quant à la stabilité économique du Sénégal. Alors que le pays fait face à un lourd endettement, l’enlisement de ce conflit de leadership fait peser un risque réel sur la confiance des bailleurs de fonds internationaux et l’attractivité des investissements étrangers.


