
Arriyada : Maximo Torero, économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a averti que la prolongation du conflit au Moyen-Orient pourrait provoquer des perturbations majeures dans l’approvisionnement alimentaire mondial, avec des répercussions directes sur la production agricole et les prix des produits de base.
Selon M. Torero, la persistance des hostilités impacte de plein fouet le secteur agricole. Le monde pourrait faire face à une contraction de l’offre en matières premières, notamment les céréales essentielles et le fourrage, entraînant par effet de ricochet une baisse de la production de viande et de produits laitiers.
Les estimations indiquent que près de la moitié de la production alimentaire mondiale dépend de l’utilisation d’engrais. Dans certains pays, ces intrants représentent jusqu’à 50 % du coût de production des céréales. Toute rupture dans les chaînes d’approvisionnement devient donc un facteur critique pour la stabilité alimentaire globale.
Dans ce contexte, plusieurs usines d’engrais en Asie — notamment en Inde, au Bangladesh et en Malaisie — ont commencé à suspendre leurs commandes ou à réduire leur production. Certaines installations ont même fermé leurs portes en raison de la pénurie de matières premières nécessaires à la fabrication, exacerbée par l’instabilité des marchés mondiaux.
Le conflit impliquant l’Iran a provoqué un choc sévère sur le marché des engrais. Environ un tiers du commerce mondial de ces produits transite habituellement par le détroit d’Ormuz, passage vital pour les flux énergétiques et les matières premières.
Depuis le début du mois de mars, les prix des produits azotés, menés par l’urée, ont enregistré une hausse fulgurante de 30 à 40 %. Cette flambée accentue la pression sur les agriculteurs et menace d’alourdir les coûts de production pour les saisons à venir. Aux États-Unis, des agriculteurs signalent déjà des pénuries d’engrais en magasin à l’approche de la saison des semis de printemps (avril-mai), faisant craindre une baisse des rendements.
Sur le front de l’énergie, la fermeture de facto du détroit d’Ormuz a paralysé le transit de près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le début de la guerre le 28 février dernier.
Cette situation a entraîné un déficit de près de 400 millions de barils sur le marché — l’équivalent de quatre jours de consommation mondiale — propulsant les prix à la hausse de près de 50 %.
Ces développements soulignent, selon les experts, l’interdépendance étroite entre la sécurité alimentaire, les marchés de l’énergie et le transport maritime, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes dans la région.


