
« Jusqu’ici, Macky Sall a toujours eu un temps d’avance », estime un ministre ouest-africain qui l’a côtoyé à de nombreuses reprises. Mais, alors qu’il s’apprêtait à quitter le pouvoir après l’élection présidentielle qui devait se tenir le 25 février, il semble avoir tout à coup perdu la main, plongant son pays dans une crise politique aussi grave qu’inattendue.
Le 3 février, à quarante-huit heures de l’ouverture de la campagne présidentielle, il est apparu sur les écrans télévisés à l’heure du déjeuner. « J’ai abrogé le décret de convocation du corps électoral »,annonce-t-il, la mine sombre. Une décision inédite dans l’histoire du pays mais que les juges du Conseil constitutionnel ont contrarié, dans leur décision du 15 février. Les magistrats l’imposent : Macky Sall devra passer la main le 2 avril, au terme de son second mandat. La loi fondamentale ne l’autorise pas à rester au pouvoir, même si l’élection présidentielle est repoussée à une date encore incertaine. Depuis, le chef de l’Etat sonde, écoute, élabore une stratégie afin de s’assurer « une sortie par la grande porte » – l’obsession de ses conseillers.
du 3 février, il a expliqué son choix par la nécessité de faire la lumière sur les accusations de corruption lancées par une formation d’opposition, le Parti démocratique sénégalais, à l’encontre de deux juges du Conseil constitutionnel. Mais ces justifications n’ont pas convaincu. Celui que ses détracteurs décrivent comme un hyperprésident « mackyavélique » est soupçonné d’avoir interrompu le processus électoral par crainte de voir son premier ministre et successeur désigné, Amadou Ba, échouer dans les urnes.


